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Interview #2 : Margaux, Digital Nomad à Bali


J'ai découvert Margaux sur Instagram via son projet Le Hub Nomad. Issue du monde de la com', elle a construit une vraie communauté de freelances et des projets tous plus inspirants les uns que les autres à l'autre bout du monde. Il y a 3 ans, elle se lance dans une aventure de "digital nomadisme" à Bali, et alterne maintenant entre surf et rendez-vous clients.


Sa créativité, sa positivité et ses tonnes de side projects m'ont rapidement intrigués. En tant qu'étudiante en communication temporairement expatriée en Indonésie en tant Freelance, j'étais naturellement très curieuse d'en savoir davantage sur son parcours.


Je suis ravie d'avoir pu échanger avec elle. Je vous partage aujourd'hui ce qu'elle m'a raconté sur son quotidien, ses ambitions et les obstacles qu'elle a du surmonter en tant que digital nomad à Bali.



Est ce que tu peux te présenter en quelques mots ?


Hello ! Je m’appelle Margaux, j’ai 31 ans, et je suis nomade digital entre Paris et Bali où j’ai trouvé un compromis idéal entre job corporate et mode vie tropical. 


Il y a trois ans (jour pour jour au moment où j’écris cette interview), tu quittes ton CDI pour partir voyager autour du monde. Comment s’est passé la transition de ton « ancienne vie » à la vie de digital nomad ? Quelles ont été les grandes étapes/prises de décision ?

Le processus a été vraiment long. Ce qui s’est révélé au moment du changement de vie, c’était finalement un retour à soi. Et ça a été le résultat d’une série d’étapes qui ont consisté à déconstruire ce que la société avait prévu pour moi : l’appartenance à une certaine classe sociale, un certain milieu professionnel, un certain mode de vie, un certain cercle de fréquentation… 


Je peux dire que ça a pris une dizaine d’année, entre le moment où j’ai commencé à ressentir un malaise / un mal-être dans ma vie et le moment où je suis véritablement partie. Cela a été d’autant plus long que mon mode de vie idéal n’existait pas : il y a encore 5 ans, être digital nomad à Bali c’était extrêmement marginal, et je n’avais aucun exemple autour de moi. Je sors du milieu des grandes écoles, plutôt CSP +, très éloigné de l’océan et du secteur de l’entrepreneuriat. J’ai dû y aller par étape. 



Quelle est ta principale activité aujourd’hui ?

Je suis Freelance en communication et marketing digital, et plus précisément en brand content (rédaction, storytelling). Je travaille pour des clients évoluant surtout en B2B, c’est-à-dire qui vendent des biens et services aux entreprises. Mon client principal est Chacun Son Café, une entreprise qui propose des solutions cafés éco-responsables aux bureaux. 

Bali est bien connu pour être l’endroit parfait pour les freelances, où est-ce que tu as décidé de travailler toi ? Plutôt café, à la maison, ou espaces de co-working ? 


Oui Bali est vraiment un endroit hybride, qui s’est beaucoup développé autour du concept de digital nomad. Tout a été créé pour accueillir cette population. Personnellement, j’alterne entre cafés et maison. Le problème est que j’ai beaucoup de mal à travailler dans un environnement bruyant, donc je m’organise pour pouvoir travailler sur des sujets de fond chez moi et le reste dans les cafés. Sinon je perds trop de temps et j’accumule de la frustration. 



Tu as un conseil à donner aux personnes qui se lancent en ce moment dans une aventure de freelance à l’étranger ? 

Il faut être viscéralement déterminé. Devenir Freelance est déjà une étape en soi, mais le faire depuis l’étranger est encore plus semé d’embûches. C’est faisable mais il faut être très motivé et bien accroché ! J’ajouterai que c’est un processus qui demande un développement professionnel mais aussi personnel, et l’alliance des deux est un gros morceau. 

Qu'est-ce que la notion de liberté signifie pour toi ? 


La liberté pour moi c’est de choisir mes contraintes. Ce n’est pas vrai de dire qu’être digital nomad c’est ne plus avoir de comptes à rendre ou être totalement libre de son emploi du temps. On a toujours des deadlines à honorer, des contraintes de temps et d’horaire, des factures à payer. En revanche, on peut choisir la manière dont elles structurent notre vie. Personnellement, rien que le fait de ne plus entendre mon réveil tous les matins vaut tout l’or du monde. 



Je t'ai rencontrée grâce au " Hub Nomad ", dans quel contexte tu as décidé de créer ce projet ? Tu peux nous expliquer le concept en quelques mots ? 

Le Hub Nomade, c’est un collectif de Freelances que j’ai créé il y a quasiment un an maintenant. C’est parti d’une sensation de solitude et d’isolement : j’étais sous les palmiers à vivre ma vie de rêve, mais je n’avais plus ni collègue ni groupe d’appartenance. Si la transition a été une étape très personnelle et ne peut se faire efficacement que seul (je pense), le quotidien sur les projets est quand même beaucoup plus constructif et motivant à plusieurs. J’ai donc fait en sorte de m’entourer d’autres Freelances experts dans leur domaine. 


C’est vraiment agréable de retrouver une communauté de valeur professionnelle (au même titre que l’est une entreprise), de pouvoir se reposer les uns sur les autres, demander conseil, ou bien se faire travailler mutuellement sur des projets sympas. Ca ouvre les horizons et le champ des possibles en termes de développement pro. Ca répond aussi à une précarité du statut Freelance : c’est un statut sur lequel on n’est pas du tout accompagné. Rien n’est prévu pour nous aider, et trouver une forme de solidarité, ça fait du bien. 



Quel est le projet dont tu es le plus fière aujourd’hui ?


Chaque projet a eu son lot d’apprentissage mais je pense que la création du Hub était quelque chose que j’avais en moi depuis longtemps. C’est la manifestation concrète de toutes mes convictions autour du travail et surtout du futur du travail : le fait qu’on n’est véritablement épanoui qu’en dehors d’une structure de contrôle, en prenant nos responsabilités, en s’entourant de gens passionnés et conscients de leurs choix, animés par les mêmes valeurs. 

J’ai été vraiment atterrée de l’état moral des salariés que j’ai pu côtoyer au cours de mes 5 années de travail en entreprise. Tellement de gens sont détruits par leur manager, enfermés dans un poste qui ne leur convient plus, fatalistes et démotivés, attendant juste le weekend ou les vacances, en quasi burnout. Et si peu d’entre eux se posent les questions de fond de « pourquoi je suis là », « qui suis-je vraiment », « quelle valeur puis-je apporter au monde », « quels sont mes trésors intérieurs », « qu’est-ce qui me rendrait heureux » ? Clairement je ne pouvais pas vivre dans cet écosystème si peu tourné vers le progrès. 


2020-2021 : Quelle est ta vision ? Vers où veux-tu aller ? As-tu des choses que tu veux changer / accomplir ?

Oh oui plein ! Vous avez compris que le progrès est super structurant pour moi. J’essaye de me créer des phases d’objectifs et bilans tous les 3 mois, que ce soit au niveau pro et/ou perso. Et je dois dire que ça fonctionne assez bien. Mon projet de rêve c’est d’aller vers la création d’un lieu qui rassemble ma vision du futur du travail, qui soit un mix entre coworking, coliving, collectif, communauté, coffee shop et concept store. Je m’aperçois que tout commence par « co » ! Je suis persuadée que ce genre de tiers lieux va devenir extrêmement structurant dans les années qui arrivent. 





Peux-tu citer un ou deux profils qui sont une vraie source d’inspiration pour toi en ce moment ? 

Je dirai Alexandre Dana, CEO de LiveMentor qui a une vision du futur du travail et de l’entrepreneuriat extrêmement lucide, positive et constructive. L’écouter est vraiment inspirant et éclairant.



Et Lise Slimane, qui a créé « La Minute Freelance ». C’est quelqu’un qui a une vrai vision sur les sujets du Freelancing et de la manière dont il va évoluer dans le temps. Elle travaille beaucoup à améliorer le management des Freelances dans les entreprises, et elle dote les néo-Freelances des bons outils. Elle est dans le dur et c’est assez rare pour le mettre en avant. 


Retrouvez le portrait de Simiane sur le site de Margaux.


Quelle est ta vision sur l’évolution du monde du travail et de la société en général dans ce contexte de post-pandémie ? 


Franchement, je suis ravie de la tournure que prennent les choses malgré un contexte de crise vraiment compliqué. Les gens ont été forcés d’expérimenter un mode de vie plus lent, plus en phase avec leur vie personnelle et familiale, plus respectueux de leur nature profonde, plus minimalistes et cela leur fait réaliser beaucoup de choses. Je vois aussi beaucoup de gens qui, trop pris par leur vie professionnelle, ne réalisaient pas leurs projets et s’y mettent enfin. Je vois aussi des directions d’entreprise évoluer sur leur vision du management et je me dis ENFIN on va passer d’un management par le contrôle et à un management de la responsabilité. Pour moi, cela va contribuer à rendre les gens plus heureux ! 





Merci Margaux d'avoir pris le temps de me répondre !

Vous pouvez la suivre sur instagram @margaux_rx ou sur son site.


📷© Crédits Photos : Marine Duracell, Marine Graham, Victoria Gouebault (surf)


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